Le Blogue BroadbentBlog Feed

Syndicats, égalité et démocratie

iPolitics.ca [Traduction]

Les commentateurs de la droite se plaisent à affirmer que les syndicats compromettent un bon rendement économique. Des organismes respectés comme l’OCDE, le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ont cependant démontré que ce n’était pas le cas. Ils ont souligné que les syndicats favorisent des sociétés plus équitables, et que les pays dotés de syndicats puissants connaissent moins d’inégalité extrême entre les riches et les pauvres, et ont des services publics et des filets de sécurité sociale considérables, et ce, sans nuire à un bon rendement économique.

Pourquoi donc les conservateurs à Ottawa et dans les provinces adoptent-ils de façon alarmante la rhétorique antisyndicale de la droite américaine?

Le genre de changements qu’on retrouve dans le projet de loi C-377 et le Livre blanc de Tom Hudak sur les marchés du travail visent à limiter l’influence des syndicats hors des lieux de travail et à restreindre la liberté d’expression.

Au Canada, les syndicats ont toujours été et resteront toujours essentiels à notre démocratie.

En 1976, le Canada a ratifié le Pacte relatif aux droits civils et politiques et le Pacte relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, qui reconnaissent tous les deux le droit de syndicalisation. Nous nous sommes engagés légalement à reconnaître tant le droit d’avoir des syndicats que le droit de négocier collectivement – éléments tout aussi importants que d’autres droits fondamentaux de la personne.

Ces traités internationaux soutiennent sans ambages que les syndicats permettent de manière importante aux travailleurs d’avoir une influence démocratique sur le pouvoir politique.

Dans les sociétés démocratiques, il existe deux zones principales de conflit non violent vis-à-vis du pouvoir : l’État et le lieu de travail. Tout comme la démocratie politique comporte le droit de choisir ou de rejeter un représentant d’un parti ou d’un autre et nous permet d’exercer et de partager le pouvoir dans le monde réel des citoyens libres, la démocratie dans le monde du travail exige aussi que les travailleurs aient leurs propres représentants et un certain pouvoir réel.

Cette capacité d’influencer le pouvoir prend toute sa signification dans le jugement de la Cour suprême du Canada de 2006. La juge en chef Beverley McLaughlin a écrit dans son jugement que le pouvoir de négociation collective des syndicats reposait sur la « dignité, la liberté et l’autonomie » des travailleurs.

De nos jours aux États-Unis, les syndicats ne représentent qu’un travailleur sur huit et moins de 7 % des travailleurs du secteur privé. Le déclin des syndicats depuis Reagan est étroitement associé au déclin d’emplois pour la classe moyenne, à la hausse de l’inégalité extrême des revenus et à une insécurité et une pauvreté économiques croissantes.

Les États américains qui ont des syndicats faibles ont des salaires moyens moins élevés –1 500 $ en moins par année – et une inégalité plus importante que le pays dans son ensemble. Par contre, les États ayant des syndicats relativement puissants comme le Massachusetts, le Minnesota, le New Hampshire, le Vermont, et l’Iowa ont des taux de chômage de 6 % ou moins et des résultats sociaux supérieurs.

Nous devons mettre au grand jour les attaques récentes perpétrées contre les syndicats pour ce qu’elles représentent vraiment : un assaut coordonné sur les droits démocratiques existants des syndicats.

Les syndicats, qui sont plus puissants au Canada, ont permis de s’assurer que nous avons moins de conditions extrêmes qu’aux États-Unis (la baisse des salaires tend à se limiter aux classes moyennes) et n’ont certainement pas compromis notre rendement économique en comparaison. Même l’Ontario, qui a été très touché et qui a le taux de syndicalisation le plus bas au Canada après l’Alberta, a un taux de chômage sensiblement inférieur à la moyenne américaine.

Ne donnez pas foi à ces politiciens et ces experts qui prétendent que les syndicats sont une menace pour la prospérité. Les efforts faits pour affaiblir les syndicats visent à museler la voix des travailleurs canadiens. Ce qui est en jeu, ce sont nos droits durement acquis, tant au sein qu’à l’extérieur du lieu de travail.