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Mel Watkins: Commentaires sur « Vers un Canada plus juste »

Il n’est pas évident ce qui est plus curieux : la récente croissance soudaine de l’inégalité dans des pays développés, ou l’échec de cet enjeu de générer une réponse dans la forme de politiques compensatrices.

Le puzzle est encore plus complexe. La hausse de l’inégalité à l’intérieur de ces pays a eu lieu en même temps que la réduction de l’inégalité entre les pays. Pour la première fois depuis la Révolution industrielle, les revenus ont convergé à l’échelle globale, ce qui n’est pas une mince affaire. Il a aussi eu lieu en même temps qu’une révolution vraiment impressionnante dans le domaine des droits de la personne qui, en particulier au sein des pays développés, a décrété qu’il devrait avoir des droits égaux pour les groupes qui ont été victimes de la discrimination (par exemple, les immenses victoires en matière de droits civiques pour les Afro-Américains durant les années 60, et la saillance croissante des droits des peuples autochtones au Canada) ainsi que pour les femmes, pour les gais et les lesbiennes, pour les droits de l’enfant, pour les droits des animaux.

Comment est-ce possible que, au milieu de ceci, l’inégalité qui a été si intégrale à la politique pour un siècle se soit soudainement empirée?

Ces questions sont assez difficiles de poser, et impossibles à répondre d’une manière complète. Permettez-moi de faire un essai. Évidemment, le capitalisme tel que nous le connaissons a changé considérablement : la révolution des droits est une réforme primordiale qui crée des droits qui sont, dans plusieurs instances, introduites pour la première fois dans l’histoire. Cependant, il y existe une obstination terrible de la part de nos maîtres, les capitalistes, et les gouvernements qu’ils sont prêts à tolérer : ils peuvent être forcé de prendre des pas en avant, mais ils feront de leur mieux de reculer. En même temps, ils ont perverti la définition de « droits de la personne » en soutenant le droit à la libre entreprise comme le droit prépondérant.

Tout ce qui s’est passé a eu lieu durant la phase la plus récente du capitalisme impérialiste, que nous appelons la mondialisation. L’intensification de l’échange a causé un changement de l’accent national sur les marchés nationaux, désormais ouverts au monde, aux marchés externes auxquels ils exportent. Par conséquent, la distribution des revenus à l’intérieur d’un pays semble être moins pertinente, alors qu’il existe de la pression négative sur les salaires pour les rendre plus « compétitifs » avec les marchés nationaux et internationaux. Ceci ressemble au paradis du fou, car les consommateurs à l'intérieur du pays récompensent la réduction de leur niveau de vie en cédant à l’encouragement de s’endetter encore plus, une voie qui menace la viabilité future de l’économie. En même temps, les plus riches auront plus d’argent qu’ils pourraient dépenser dans leurs pays, et ils seront peu disposés à investir dans les marchés qu’ils ont rétrécis eux-mêmes.

Ce qui est arrivé à l’inégalité dans les États-Unis, le Royaume-Uni, et à un moindre degré quand même écœurant au Canada, est un énorme pas en arrière. À la politique de la gauche afin de le mieux restaurer à la politique du pays.

Et, bien sûr, il y a raison de garder notre espoir. Quand nous mesurons l’inégalité des revenus tel qu’elle est déterminée par les marchés, il est essentiel de se rappeler que le marché opère dans un contexte moulé par la politique gouvernementale, par exemple des lois sur le salaire minimum et les droits des syndicats. Nous devons donc distinguer entre les revenus tels qu’ils sont déterminés par le marché après les taxes et les transferts, et ce parce que l’inégalité du premier est plus élevée que l’inégalité du deuxième.

Donc, les façons par lesquelles la politique gouvernementale peut être appliquée à la question de l’inégalité sont claires. Nous devons réfléchir sur cette idée, car elle souligne, tout simplement, que le gouvernement, c’est important. Si le gouvernement peut empirer les choses, il peut aussi les améliorer.

Définissons l’écart, entre la crudité et la cruauté des rendements du marché, comme ne pas étant mitigé ou bien aggravé par l’état néoconservateur, et ce que l’état réformiste et, osons le dire, compatissant peut faire, comme la mesure de la démocratie sociale – car la marque de la démocratie sociale est l’emploi de l’état pour des buts progressistes.

Je suis tellement impressionné – informé intellectuellement et inspiré moralement – par les dernières œuvres écrites de l’intellectuel grand et courageux, l’historien américain de l’Europe, Tony Judt, notamment sa méditation brève sur les victoires et l’étiolement de la démocratie sociale, « Contre le vide moral ». Lorsque la droite prétend que la gauche est discréditée par l’histoire, la réponse est de pointer vers l’État-providence et la prospérité qui en découle, n'est pas une réalité créée par la droite, mais par l’insistance de la gauche et du centre gauche sur des politiques sociales-démocrates. Le legs de la droite, certainement ici au Canada, n’est pas seulement plus d’inégalité, mais, contrairement à leurs promesses et leurs prétentions, moins de croissance économique, des problèmes de productivité persistants, et plus de chômage.

Je ne veux pas dire – ni moi, ni Judt – qu’ajouter l’inégalité des revenus sur le programme politique est une tâche facile. L’émergence, par contre, après les œuvres de Judt, du mouvement Occupons et sa concentration sur les « bénéfices » obscènes du 1 % pourrait bien être un signe avant-coureur de futur progrès vers une société moins inégale. L’enjeu est maintenant plus clairement sur le programme politique. La gauche et les gens décents, silencieux depuis trop longtemps, devraient tirer de ceci tout l’encouragement dont ils ont besoin.

Mel Watkins est professeur émérite de sciences économiques à l'Université de Toronto.