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Les syndicats : Plus importants que l’on croit!

« Des communautés syndiquées – des communautés en santé » décrit la relation directe entre un taux sain de syndicalisation et un plus faible taux d’inégalité. Il s’agit d’un facteur essentiel dont nous devons discuter à la lumière des attaques actuelles contre les syndicats au Canada. Alors que plusieurs provinces ont commencé à se pencher sur les questions de la réduction de la pauvreté, des prestations pour les enfants et des réformes des systèmes de bien-être social, les progrès réalisés seront vites réduits à néant si les mesures de « droit au travail » gagnent du terrain. Les syndicats sont non seulement un moteur essentiel de réduction de l’inégalité des revenus, mais ils contribuent également à contrer la tendance grandissante à l’emploi précaire (emplois contractuels, à temps partiel, sans avantages sociaux…). C’est cette tendance qui multiplie actuellement le nombre de Canadiens qui font partie de la classe sociale des ouvriers mal rémunérés.

Les syndicats ont été des joueurs clés dans les campagnes visant à augmenter le salaire minimum et à améliorer les normes du travail et les protections liées à la santé et à la sécurité, dont tirent avantage non seulement les travailleurs syndiqués, mais également les travailleurs non-syndiqués.

Néanmoins, au-delà de ces arguments économiques essentiels, il y a un autre volet majeur qui explique la nécessité de soutenir l’existence d’une forte présence des syndicats.

En effet, les syndicats et leurs membres jouent également un rôle important dans le renforcement des communautés. Un excellent exemple est le rôle de partenaire important que le mouvement syndical joue auprès de Centraide. J’ai eu la chance d’observer les syndicats et les entreprises travailler ensemble afin d’aider les services sociaux locaux soutenant plusieurs individus et familles. Des campagnes de financement enthousiastes sur les lieux de travail menées conjointement par les syndicats et les entreprises permettent chaque année d’amasser des millions de dollars qui contribuent directement au renforcement de nos communautés. Ce n’est pas seulement Centraide qui bénéficie de ces campagnes : plusieurs syndicats ont des programmes qui appuient divers organismes caritatifs. Certains syndicats ont même négocié une contribution égale à celle de l’employeur pour des fonds caritatifs.

Plusieurs conseils syndicaux locaux ont un partenariat avec Centraide pour offrir des programmes de formation pour les conseillers syndicaux locaux. Les conseillers syndicaux deviennent des ressources très importantes sur le lieu de travail, aidant leurs collègues à naviguer les dédales des services de santé et des services sociaux locaux, et à obtenir l’aide dont eux et leur famille ont besoin.

Les syndicats ont également pris des mesures directes pour répondre à des défis sociaux majeurs. À Toronto, où un haut taux de chômage chez les jeunes des minorités ethniques enlève à plusieurs enfants tout espoir d’une bonne occasion d’emploi, les syndicats de la construction ont incité les employeurs à s’asseoir à la table des négociations et à créer des programmes d’apprentis créant de réelles occasions d’emploi pour ces jeunes. Dans le cas de plusieurs grands programmes d’infrastructure, notamment l’élargissement massif du réseau de transport en commun dans la grande région de Toronto, les syndicats aident à bâtir des coalitions communautaires afin de travailler avec les responsables des transports en commun pour s’assurer que les quartiers les plus défavorisés tirent un avantage direct de ces grands projets de construction.

Pour ce qui est de leurs activités militantes, les syndicats ont été à la tête des pressions ayant mené à l’introduction de mesures législatives comme l’obligation de fournir un salaire égal pour un travail égal, les protections des droits de la personne, les dispositions visant à contrer la discrimination, le logement abordable, les formations pour les travailleur, et les programmes d’adaptation de la main-d’œuvre.

Les campagnes syndicales ont aidé à éduquer et à motiver le grand public à faire partie de grandes campagnes comme le boycott du vin sud-africain durant la lutte pour mettre fin à l’apartheid, ou le boycott des raisins en appui à de meilleure conditions de travail pour les agriculteurs californiens. Plus près de nous, et plus récemment, les syndicats de travailleurs ont été parmi les premiers à offrir leur appui au mouvement « Idle No More » (Jamais plus passif) et ont longtemps exprimé leur appui à la lutte des Premières nations visant à améliorer le sort de leur population.

Tout cela, et bien plus, est souvent réduit à une description de deux mots au Canada : syndicalisme social. Cette description renferme énormément de choses, et il y a donc énormément à perdre si la campagne visant à affaiblir les syndicats atteint son objectif. Ainsi, ceux qui tentent de nous diviser en présentant de manière sélective des données comparées sur les salaires (en suggérant que des salaires plus élevés pour les emplois normalement moins rémunérés sont une mauvaise idée) et en manipulant les messages concernant les « grands syndicats » sont par le fait même en train de mener une guerre contre la voix organisée des travailleurs. Une voix qui ne se limite pas qu’à la simple négociation d’ententes collectives et qui est tellement plus importante qu’on ne le croit. 

L'Hon. Frances Lankin C.P., C.M. est une ancienne députée et ministre néo-démocrate de l’Ontario. De 2001 à 2011, Frances a été PDG de Centraide Toronto. Plus récemment, elle a été co-commisaire de l’Examen du système d’aide sociale de l’Ontario qui a publié son rapport « Améliorer les perspectives » en octobre 2012. En juin 2012, Frances a été nommée Membre de l’Ordre du Canada. 

Cet article est une réponse au rapport de l'Institut Broadbent sur le mouvement syndical et la prospérité sociale, « Des communautés syndiquées, des communautés en santé ».

Photo: doviende. Utilisée sous une licence Creative Commons BY-SA 2.0.