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Le projet de loi omnibus révèle le radicalisme « pragmatique » de Stephen Harper

Toronto Star [Traduction]

Stephen Harper est souvent décrit par ses partisans comme un pragmatique, un homme qui veut seulement faire ce qui réussit. À l’évidence, cependant, la « transformation majeure » qu’il a promise au Forum économique mondial de Davos en janvier vise une orientation plus radicale.

Contrairement à des mesures aspirant à créer plus d’emplois au-dessus du seuil de la pauvreté pour les chômeurs et s’attaquant directement aux salaires stagnants des Canadiens de la classe moyenne, le projet de loi omnibus massif présenté au Parlement a une orientation conservatrice plus étroite. Au lieu de susciter l’espoir, ses mesures amoindriront nos attentes et approfondiront l’inégalité.

La plupart des travailleurs au chômage seront maintenant forcés d’accepter un emploi qui paie jusqu’à 30 % de moins que leur emploi précédent, après seulement quelques semaines de recherche d’emploi. Les entrepreneurs ne seront désormais plus tenus d’assurer l’équité en matière d’emploi pour les femmes et les minorités ethniques. On permettra aux employeurs de payer les travailleurs étrangers temporaires jusqu’à 15 % de moins que la norme salariale régionale pour le même emploi. Cette situation d’exploitation créera en outre une pression à la baisse sur les salaires des travailleurs canadiens. Est-ce le genre de Canada que nous voulons?

Le gouvernement conservateur n’a pas fourni de justification claire pour ces changements régressifs commodément enfouis dans le projet de loi omnibus. Les ministres n’y ont fait que de vagues allusions. L’une est le cliché relatif au soi-disant problème de « désincitation au travail ». Une autre attribuée au ministre des Finances Jim Flaherty est qu’un mauvais emploi n’existe pas, ce qui est l’indicateur le plus vraisemblable de la motivation du gouvernement en matière de politique.

On laisse ainsi clairement entendre que trop de travailleurs canadiens sont des paresseux et nécessitent une certaine forme de « fermeté affectueuse » pour les inciter à travailler. Mais selon Statistique Canada (qui n’est pas, comme nous le savons, l’organisme préféré gouvernement), la réalité est que pour chaque emploi affiché par des employeurs, il n’y a pas moins de six travailleurs au chômage qui le sollicitent. Le taux de chômage « réel », qui comprend les travailleurs à temps partiel désirant un emploi à temps plein, était de 10,6 % en mai et plus du double chez les jeunes. Le nombre de personnes cherchant du travail par emploi disponible est beaucoup plus élevé dans les régions ciblées par les nouveaux changements à l’assurance-emploi. Le problème sérieux auquel fait face le Canada est une économie stagnante et non pas une abondance de paresseux.

Quelles sont donc les intentions de Harper? Pourquoi Flaherty dit-il que n’importe quel emploi est un bon emploi? Le message qu’ils veulent faire passer aux Canadiens est qu’ils ont de la chance d’avoir un emploi et de ne pas s’attendre à trop. Le message aux employeurs est de continuer à faire baisser les salaires, et ce, encore plus pour les femmes, les minorités raciales et les travailleurs étrangers.

Les conservateurs ont renforcé ces dispositions en s’attaquant au droit fondamental des travailleurs de faire la grève dans les domaines de compétence fédérale. Ce droit est reconnu dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et les deux pactes principaux auxquels le Canada a souscrit. C’est un droit pour lequel se sont battues les générations canadiennes antérieures. Le Canada est en train d’être réorienté d’une manière idéologique qui rappelle les années 1920.

Au lieu d’attaquer les travailleurs, Stephen Harper et ses ministres devraient plutôt s’en prendre aux salaires stagnants et à la perte de milliers d’emplois, particulièrement dans le secteur manufacturier. Ils devraient s’inspirer des pays nordiques et d’autres qui ont inventé des stratégies pour la croissance de l’industrie et des travailleurs bien rémunérés. Ce sont des pays qui ont rejeté la « course vers le bas » et maintenu des secteurs privés novateurs avec une distribution plus égale des revenus et de la prospérité.

Ce budget fédéral devrait engendrer un débat public sur le genre de Canada que nous voulons.